Sommaire de la thématique
- 1Le couple rendement / risque, la règle d'or de l'investissement
- 2La liquidité et l'horizon, la question du temps
- 3Les livrets et l'épargne de précaution, la base de tout
- 4Les obligations, prêter son argent contre un revenu
- 5Les actions, devenir copropriétaire d'une entreprise
- 6Les ETF, acheter tout un marché en une fois
- 7Bitcoin et cryptoactifs, une classe à part
Bitcoin et cryptoactifs, une classe à part
Nous terminons ce bloc par la catégorie la plus récente, la plus commentée et la plus controversée : les cryptoactifs. Impossible de les ranger sagement à côté des actions ou des obligations, car ils ne suivent pas les mêmes règles.
Ce qu'est — et n'est pas — un cryptoactif
Un cryptoactif comme le bitcoin est un actif numérique, échangeable de pair à pair, dont l'existence et les transactions reposent sur une technologie décentralisée, la blockchain. Pour la plupart d’entre elles, aucune entité n'en contrôle l'émission.
Le plus important est de comprendre ce qui peut le distinguer des placements vus jusqu’ici. Prenons le bitcoin, le plus emblématique d’entre eux : contrairement à une action, il ne représente aucune entreprise et ne donne droit, par lui-même, à aucun bénéfice ni dividende ; contrairement à une obligation, il ne promet ni coupon ni remboursement ; contrairement à un livret, son capital n’est pas garanti. Sa valeur repose alors essentiellement sur ce que d’autres sont prêts à payer pour l’obtenir. Le monde des cryptoactifs est toutefois très hétérogène, et ce portrait ne s’applique pas à tous : certains visent à représenter un actif sous-jacent, à conférer des droits d’usage, ou même à générer une forme de revenu. On ne peut donc pas les réduire à une catégorie unique ; mieux vaut, là encore, examiner chaque actif pour ce qu’il est réellement.
Dans la grille : un objet difficile à classer
Nos quatre repères habituels s’appliquent souvent mal, et ce constat est déjà instructif. Pour une grande partie des cryptoactifs, le rendement ne provient pas d’un flux économique récurrent mais surtout de l’évolution du prix. Le risque, lui, est généralement très élevé : les variations de cours peuvent atteindre en une journée ce qu’une action fait en un an, et une perte de plusieurs dizaines de pourcents n’a rien d’exceptionnel. La liquidité est le plus souvent bonne pour les principaux cryptoactifs, échangeables à toute heure, mais très inégale pour les plus petits. Quant à l’horizon, il fait débat, faute d’un historique aussi long que celui des marchés traditionnels.
En clair, beaucoup de cryptoactifs se situent aux marges de l’échelle que nous avons construite : souvent plus volatils qu’une action, et sans l’équivalent du sous-jacent productif qui soutient la valeur de cette dernière. C’est précisément cette diversité qui invite à les examiner au cas par cas plutôt qu’en bloc.
Deux lectures opposées
Sur peu de sujets les avis sont aussi tranchés. Présentons honnêtement les deux camps.
Ses partisans mettent en avant une rareté programmée — le nombre de bitcoins est plafonné, ce qui le rendrait résistant à l'inflation monétaire —, une indépendance vis-à-vis des États et des banques, et une faible corrélation historique avec les marchés traditionnels, utile pour diversifier. Ils y voient une technologie naissante au potentiel encore largement devant elle.
Ses détracteurs répondent que la valeur d'un actif sans flux ni usage productif est purement spéculative, qu'elle repose sur la seule confiance collective et peut donc s'effondrer. Ils pointent une volatilité incompatible avec la notion d'épargne, un cadre réglementaire encore mouvant, et des risques concrets de piratage ou de plateformes défaillantes.
Ce qu'il faut en retenir
Il n'appartient pas à cette série de trancher ce débat, mais d'en donner les clés. Trois idées méritent d'être gardées en tête.
D'abord, un cryptoactif n'est pas une action ni une épargne : c'est un actif d'une nature différente, qui obéit à sa propre logique. Ensuite, sa volatilité le place à l'extrême du couple rendement / risque, très loin de l'épargne de précaution : on ne confie pas à un tel actif un argent dont on pourrait avoir besoin. Enfin, comme pour tout placement mal compris, l'essentiel est de n'y consacrer que ce que l'on est prêt à voir fortement varier, après avoir saisi ce que l'on achète réellement.
Avec ce dernier article s'achève notre panorama des grandes familles de placements. Vous disposez désormais d'une grille de lecture complète pour situer n'importe quel actif et comprendre ce qui le distingue des autres. La suite de cette série s'attachera à un autre versant de l'investissement : non plus où placer son argent, mais comment lire et interpréter les marchés.
